Pollution : du PCB dans la Seine !

Ce n'est pas demain la veille que l'on reverra l'anguille en matelote figurer aux cartes des estaminets des bords de Seine...

Dernière mise à jour : 24/01/2012 à 21:33

Tout va très bien, Madame la Marquise… ou presque ! Dans ses “Résultats de l’étude nationale sur l’imprégnation aux PCB des consommateurs de poissons d’eau douce“, l’Agence nationale de sécurité alimentaire (Anses) souligne que, concernant l’imprégnation des chairs de poissons d’eau douce aux PCB, “il apparaît que très peu de participants dépassent le seuil d’imprégnation critique en dessous duquel les risques sont écartés“.
À la vue de ces résultats, l’agence officielle se permet donc de déterminer “une fréquence de consommation maximale de poissons fortement bio-accumulateurs sans risque sur le long terme“, estimée à 1 fois tous les 2 mois pour les femmes en âge de procréer, enceintes ou allaitantes ainsi que les enfants de moins de 3 ans, les fillettes et les adolescentes ; à 2 fois par mois pour le reste de la population.
Quels risques ?
Miam ! On pourrait donc manger sans danger les poissons des zones polluées comme la Seine ? Non, bien sûr, car “ces recommandations ne sont pas applicables aux zones de très forte contamination“, reconnaît l’agence dont “l’objectif principal était d’identifier les déterminants prédominants de l’imprégnation sanguine aux PCB”. C’est-à-dire “de rechercher notamment l’existence d’un lien éventuel entre la consommation de poissons d’eau douce fortement bio-accumulateurs et l’imprégnation“.
Les ports de Rouen et du Havre à l’index
Or, en vallée de Seine (rivière), mais aussi en Baie de Seine (mer), les amateurs de poissons ont du mouron à se faire. Selon l’association Robins des Bois, qui liste sur son site internet l’ensemble des zones et rivières contaminées, la situation est réellement catastrophique. Dernières victimes en date, les tourteaux de la Baie de Seine “empoisonnés par les PCB“, que leur régime alimentaire rend particulièrement sensible à la contamination des sédiments notamment à l’aval des estuaires. “La même interdiction devrait frapper l’étrille pour la zone estuaire de la Seine“, soulignent les écologistes. “C’est l’effet du Grand Paris et des 97 sites pollués du bassin-versant ; c’est aussi la conséquence de la perturbation frénétique des sédiments de la Seine et de l’estuaire par les ports de Rouen et du Havre“.
En cause, les dragages “de plus en plus profonds” : “ils déstockent les polluants pour permettre à des porte-conteneurs arrivant de Chine et à d’autres mégas navires de naviguer avec une sécurité relative dans l’estuaire et le chenal de la Seine. La mondialisation et la massification des échanges maritimes est une catastrophe écologique ; après les anguilles et les sardines, les tourteaux de la baie de Seine en sont les nouvelles victimes et n’en sont pas les dernières.“
Impropres à la consommation
L’ensemble des poissons de la Seine sont ainsi impropres à la consommation, de même que quelques espèces de mer, pêchés en Baie de Seine, ce qui est vraiment inquiétant pour le devenir de la pêche côtière. “Il est ainsi interdit de pêcher et de consommer la sardine entre Dieppe et Barfleur dans toutes les eaux sous souveraineté ou juridiction de la France“, soulignent encore les écologistes opposés au projet de dragage du Grand Port de Rouen “qui va remuer 6 millions de tonnes de boues polluées et livrer à « l’immersion expérimentale » 2 millions de tonnes dans une nouvelle décharge sous-marine au milieu de l’estuaire et de l’espace de travail des marins-pêcheurs du Havre, d’Honfleur, de Trouville, de Port-en-Bessin, de Saint-Vaast-la-Hougue” (à ce sujet, lire notre article, ici).
Médicaments : de nouvelles craintes
Au final, si les risques liés aux PCB dans les rivières sont maintenant connus depuis quelques années, un nouveau mal guette l’eau de nos rivières : les résidus de médicaments que l’on trouve à l’état de traces, mais qui ne seraient pas sans effets sur notre santé. Un état de la contamination de la Seine en médicaments a été effectué par la réalisation de deux études complémentaires. La première a consisté en des mesures en antibiotiques sur deux profils longitudinaux de la Seine en condition de basses et de hautes eaux, entre Marnay-sur-Seine et Poses. La seconde étude a concerné la Seine au niveau de l’agglomération parisienne mais sur un ensemble plus vastes de médicaments dont des antibiotiques. “Ces études ont mis en évidence la présence généralisée des antibiotiques dans le bassin de la Seine, même au niveau de petits cours d’eau en tête de réseau hydrographique (…) Les sources de ces molécules sont à la fois d’origine rurale et urbaine. Lors des traitements des eaux usées, les antibiotiques sont susceptibles soit d’être rejetés dans les effluents soit être adsorbés dans les boues. Une fois épandues, ces molécules contaminent le sol et peuvent également migrer en profondeur jusqu’au niveau des drains agricoles.“
Bon appétit quand même…